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Chott Oum Raneb : Complètement ensorcelant

Au milieu d’un océan doré et des vagues de sable qui s’étendent à l’infini, des oasis flottant sur une étendue de dunes ornent un monde magique. Oum Raneb, littéralement la mère aux lapins, est un petit coin de paradis, pas loin de Ouargla.

Un vaste lac qui ressemble à une grande patinoire, le ciel qui se reflète à la surface d’une eau transparente dans un prodigieux spectacle. Ahurissant quand on le découvre pour la première fois et qui vous donne l’impression de traverser un couloir en cristal. Dans ce décor de rêve, un éblouissement comme vous n’en avez jamais vu, les plus beaux oiseaux du monde se dressent orgueilleusement à l’horizon.

Oum Raneb, le nom d’une impressionnante combinaison de soleil, de sable, d’eau, de verdure et d’oiseaux dans un enchaînement de paysages les uns plus beaux que les autres mixant l’ocre saharienne au bleu, jaune, vert et rose. La route, pentue et difficilement accessible, semble infinie ; elle offre au visiteur un décor encore vierge, composé de vastes plaines et d’oasis, une étendue d’eau que vous ne verrez nulle part ailleurs.

Cet écrin de nature, considéré comme une des rares réserves de flamants roses et d’oiseaux d’eau en Afrique du Nord, a été classé en 2004 comme zone d’importance internationale selon la convention de Ramsar pour sa faune et sa flore exceptionnelles. Il possède aussi un écran végétal composé essentiellement de Tamarix gallica, Salsola, Zygophyllum album, Halocnemum strolilaceum, Phragmites communis, Joncs, Oudeyna Africana et du palmier dattier.

Patrimoine délaissé

Paradis naturel, Oum Raneb n’en souffre pas moins de la main de l’homme qui a transformé les abords de la route en décharge publique de par les dépôts anarchiques d’ordures et de débris divers, en plus des eaux usées d’assainissement de la cuvette de Ouargla versées dans ce site. Ce dernier souffre également des caprices de quelques visiteurs malveillants qui détruisent les nids, le manque global d’entretien est à lui seul un crime contre ce don du ciel. Dans l’environnement direct, les constructions anarchiques et l’industrialisation de la palmeraie de Hassi Ben Abdallah et Sidi Khouiled accentuent les facteurs néfastes qui pourraient conduire à la disparition de certaines espèces. Une légère réduction de la biodiversité a été relevée ces dernières années par la Conservation des forêts de Ouargla.

Préservation

Zone humide par excellence, Oum Raneb attend la concrétisation de certaines mesures de préservation du site proposées depuis fort longtemps et qui tardent à voir le jour. La mise en place d’une station d’épuration qui a été envisagée par les services d’hydraulique est actuellement en cours d’étude par un bureau d’études suisse.

En attendant, la sensibilisation de la population sur l’importance de préserver la stabilité écologique de ce site naturel, l’organisation des campagnes de propreté et de nettoiement des palmeraies limitrophes, le bitumage de la route et l’ouverture de nouvelles pistes, le curage des drains, l’arborisation et la construction de bassins d’irrigation s’avèrent primordiaux pour faire de ce paradis des ornithologues une vraie réserve naturelle et un des atouts majeurs pour le tourisme durable. Des experts du monde entier pourraient y effectuer des séjours d’étude et de découverte à la fois.

Lapin grillé et séjour sur les marais

Le tourisme oasien, des séjours chez l’habitant, en bivouac ou dans un camp traditionnel, des rôtisseries de lapin et de volaille, parlons-en. Un rêve ? Un mirage du désert ? Oum Raneb est malheureusement absent de la carte touristique et appelle une étude pour sa classification touristique. Le village riverain reste très démuni, malgré tant de richesses naturelles et des habitants d’une gentillesse et d’une bonté inouïes. Les besoins d’éventuels touristes en hébergement et en restauration interpellent les décideurs sur l’aménagement du site et la programmation de projets d’hôtels et de restaurants dans le voisinage direct.

Le patrimoine culturel et artisanal permet la création de boutiques commercialisant des produits locaux made in Oum Raneb et portant son label. La création d’ateliers d’artisanat en poterie, tissage, tapisserie, vannerie créera des débouchés pour les jeunes de la région et contribuera considérablement à la fixation des habitants dans leur milieu rural par l’amélioration de leurs revenus. C’est un appel à l’ingéniosité et à l’innovation, le reste suivra. Pour l’heure, vous n’aurez ni séjour chez l’habitant ni grillade au bord du lac, mais tout le reste y est : l’émerveillement sera au rendez-vous.

 Chahinez Ghellab

El Watan, le 22/07/2014